Au cœur de la Champagne Bourgogne, art culinaire, cultures viticoles et agricoles façonnent autant les paysages que les traditions. Des vignobles bio aux pratiques alimentaires et agricoles durables, producteurs, coopératives et territoires dialoguent pour rééquilibrer rentabilité économique et respect du vivant. A travers quatre initiatives portées par des acteurs passionnés, cette 15e Routes des Transitions illustre ces mutations.
Dans l’Aube, Michel Drappier perpétue une histoire familiale ou le vin est l’expression d’un terroir unique. Une famille, un vin, un terroir, souligne-t-il pour résumer cette transmission. Mais préserver cet héritage, demande de prendre en compte les bouleversements climatiques et de faire évoluer le domaine.
En 1989, la naissance de sa fille déclenche le déclic d’une transition vers des pratiques plus durables. Malgré les difficultés auxquelles il s’est heurté, notamment le manque d’aides publiques, il a persévéré souhaitant laisser un héritage familial sain. Cette philosophie s’incarne dans une approche ou l’homme dialogue avec la nature : abandon des intrants chimiques, passage au bio, utilisation de biocarburants et de tracteurs électriques, installation de panneaux photovoltaïques… Autant de choix qui participent à cet équilibre fragile entre intervention humaine et autonomie végétale. « Développer le bio, c’est laisser la nature se protéger, mais l’homme reste essentiel pour préserver la plante », nous précise-t-il.
La transmission n’est pas un vain mot dans la famille Drappier. L’attachement aux parcelles familiales et le souci de penser à la planète laissée aux générations suivantes dépassent la simple production de vin. Le retour des papillons dans le village est la preuve que la biodiversité reprend ses droits. Pour Michel Drappier, l’avenir repose sur l’adaptation et la cohabitation avec la nature.
Dijon Céréales et la Biscuiterie Mistral incarnent un modèle coopératif et territorial. Avec une présence historique en Bourgogne Franche-Comté, ces deux structures illustrent une coopération qui renforcent les liens entre agriculteurs et consommateurs. L’intégration de Mistral par Dijon Céréales en 2023 marque cette volonté de privilégier les circuits courts et le sourcing régional, explique Didier Lenoir, président de la coopérative qui compte 3 800 agriculteurs membres. Face aux défis climatiques et économiques, la coopérative adapte ses approvisionnements et ses modèles de production. « Nous Autrement », la marque portée par Dijon Céréales, garantit aux consommateurs des produits issus du territoire et assure une juste rémunération aux producteurs. C’est une démarche qui créé de la valeur pour tous les acteurs.
L’engagement de Dijon Céréales s’exprime également par l’investissement d’un méthaniseur installé sur 12 hectares. Il fonctionne à partir des cultures et des déchets de triage des silos. Il est approvisionné par pas moins de 150 agriculteurs du département de la Côte d’Or.
Cette unité de méthanisation produit du biogaz (alimentant en énergie 15 % de la Côte d’Or et 25 % de Dijon Métropole) et est utilisé comme fertilisant naturel. Produire, transformer, valoriser au sein d’un même territoire, une boucle vertueuse.
À Dijon, la transition alimentaire n’est pas une déclaration d’intention, mais une politique publique pensée sur le long terme. « Ce n’est pas un projet isolé, c’est une pièce maîtresse d’une vision globale », explique Philippe Lemanceau, vice-président de Dijon Métropole en charge de la transition alimentaire.
Depuis les années 2000, la municipalité a mis en place une politique ambitieuse, de la sanctuarisation des terres agricoles à la création d’une cuisine centrale pour fournir des repas équilibrés aux écoles. Aujourd’hui, elle poursuit cette dynamique en développant une légumerie bio renforçant les circuits courts. Créer un lien direct entre producteurs et restauration collective, tout en garantissant la valorisation des cultures locales. Avec 8 000 à 9 000 repas par jour pour les enfants, c’est un moyen aussi pour faire évoluer les habitudes alimentaires.
La métropole s’appuie sur la recherche scientifique, notamment avec l’étude Chouette Cantine, qui a mesuré l’impact des repas végétariens sur la santé, le coût et l’appréciation des enfants. Sur cette base, le maire a décidé de passer à deux repas végétariens par semaine.
La légumerie crée un lien direct entre producteurs et consommateurs, garantissant une rémunération juste et stable. Grâce à cette dynamique, Dijon Métropole dépasse les exigences de la loi Egalim et réduit son gaspillage alimentaire de 47 % dans la restauration scolaire depuis 2017.
Et l’ambition ne s’arrête pas là. La métropole a la volonté de structurer d’autres filières, notamment la viande et d’encourager les restaurants à servir des produits locaux. A Dijon, la transition alimentaire est une réalité, portée par une vision politique, un alignement scientifique et une mobilisation collective. Avec sa Légumerie, la ville joue un rôle pionnier en France et ouvre la voie à des modèles inspirants pour d’autres territoires.
En Côte de Nuits, Cyprien Arlaud cultive 15 hectares de vignes en biodynamie, produisant pas moins de 19 appellations prestigieuses telles que Gevrey-Chambertin, Chambolle-Musigny, Morey-Saint-Denis, Morey-Saint-Denis 1er Cru…
Quand il reprend le domaine familial, en 1998, il comprend vite que pour faire du bon vin, il doit opter pour une viticulture respectueuse des sols et des plants. La complexité des 1 200 climats de Bourgogne exige une connaissance des sols afin de préserver un équilibre fragile. La notion de temps et de pérennité du pied de vigne est très importante, rappelle le vigneron, et les bouleversements climatiques fragilisent cet équilibre.
Cyprien Arlaud, prône une viticulture ou l’accompagnement prime sur l’interventionnisme favorisant la nature. Cela demande une adaptation constante qui parfois demande de multiplier par deux ou trois les moyens humains et avec une vraie nécessité de planification et d’organisation du travail. Il insiste sur l’importance du collectif, de la collaboration entre vignerons, scientifiques et institutions, rappelant que c’est ce qui fait la force du vignoble bourguignon et garantit sa pérennité.
Son approche, mêlant héritage et expérimentation, vise à produire des vins qui sont le fruit d’un territoire façonné par des siècles d’efforts communs. Il rappelle que, depuis le réchauffement climatique, les vignes ont su s’adapter avec l’accompagnement de l’humain. Une quête d’excellence et d’harmonie qui peut inspirer d’autres territoires viticoles.
Instance politique du Crédit Agricole, la Fédération nationale du Crédit Agricole est une association loi 1901. Ses adhérents sont les Caisses régionales, représentées par leurs présidents et leurs directeurs généraux.
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